SCENE III
La maison de famille, et si, même aujourd'hui, Je cherche, pour ne pas être déshonorée, Ce qui subsiste encor d'une faute adorée, Tu le sais bien, ô toi qui l'aimais tendrement, C'est pour l'enfant si pur qui dort en ce moment Et me rêve à côté de sa couche endormie. Ainsi, pardonne-moi !
CERTHE, cachée, à part.
Je tiens mon ennemie Et je puis me venger. Elle est là, sous mes yeux. Ah ! la haine fait mal, mais c'est délicieux.
RENÉE, comme secouant une pensée.
Mais je rêve...
Avec étonnement.
Pourquoi cette lampe allumée?
Imprudente! La porte est-elle au moins fermée?
Elle court à la porte du fond et la pousse.
Non. Alors son valet n'est sans doute pas loin. Faisons vite.
Désignant un coffret placé sur une table.
Naguère il serrait avec soin Ce qu'il tenait de moi dans ce coffret d'ivoire.
Mais qu'ai-je donc? Lachambreestsihauteetsinoire, Tout parle tant ici de tristesse et de deuil, Que j'ai peur comme si je touchais un cercueil Et comme si j'étais de quelqu'un entendue.
BERTHE, sortant de sa cachette et posant la main sur le coffret.
Et vous avez raison : car vous êtes perdue.
RENÉE
Dieu! quelle est cette femme?
BERTHE
Ah ! vraiment, ce coffret Renferme vos billets d'amour, votre portrait? Ah! vous avez, ce soir, dans l'ombre et le mystère, Pris le chemin connu de l'ancien adultère Afin d'anéantir ses traces, n'est-ce pas? Ainsi qu'un meurtrier qui revient sur ses pas Et songe après le coup — scrupule légitime — Qu'il doit rester du sang à la place du crime ! Ne demandiez-vous pas, madame, qui je suis? Voilà quelques instants que des yeux je vous suis, Et que je reconnais que vous êtes bien belle. Oh ! tenez ! je vous hais d'une haine mortelle!
RENÉE
Madame...