‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 41 sur 214 · SCENE IV. Si · texte numérisé non relu

SCENE IV. Si

Les aboiements des clubs, les efforts des partis

Par le malheur public à peine ralentis ;

La foule se grisant de journaux et d'affiches;

La chasse aux croix d'honneur; des gens devenus riches

En volant sur le pain et l'habit du soldat;

Et, dernier déshonneur et suprême attentat !

A l'heure du profond désespoir et des larmes

Où Paris épuisé dut déposer les armes,

A l'heure où, sous ces murs, ceux qui l'avaient vaincu,

Tristes que le géant eût encor survécu,

N'osaient trop s'approcher et se disaient: — II bouge! —

L'émeute parricide et folle au drapeau rouge,

L'émeute des instincts sans patrie et sans Dieu,

Ensanglantant la ville et la livrant au feu,

Devant les joyeux toasts portés à nos ruines

Par cent mille Allemands debout sur les collines !

HENRI

0 maître, finissez ! Vous me faites rougir.

DANIEL

Non, enfant, il est temps encor de réagir : Parfois la guérison est prompte après la crise. Oui ! je veux appliquer le fer qui cautérise Sur le mauvais orgueil, dans ces jeunes esprits.

THÉÂTRE. — I. tj

Mais, lorsque je verrai qu'ils m'ont enfin compris Et qu'ils courbent le front sous ma sombre parole, Alors je leur tiendrai le discours qui console. — Je leur dirai qu'il fut encore des héros Chez nos pauvres soldats arrachés aux hameaux, Lorsque nous inonda cette effroyable armée ; Gomme on a bien souffert dans la ville affamée Où pas un ne parlait de se rendre, pas un ! Et comme on a bien su mourir à Châteaudun. Je leur dirai comment, dans Paris qu'on assiège Et dans les camps lointains dispersés sur la neige, On lutta de son mieux et l'on fit son devoir; Comment ceux-ci voyant toujours l'horizon noir, Ceux-là croyant toujours, ô France! à ton étoile, Mangèrent le pain dur, dormirent sous la toile Et tombèrent, vaincus, mais frappés par devant. Je leur raconterai ces histoires, enfant : Je les enivrerai de haine et de souffrance, Et je préparerai des vengeurs à la France.

HENRI

Des vendeurs !

MARTHE

Daniel, Daniel, songez-y!

Vous le savez : je n'ai que ce pauvre enfant-ci.

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