‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 43 sur 214 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

La révolution dont le monde s'effraie,

Et, prenant le chemin de la liberté vraie,

Qui n'est que le respect de soi-même et d'autrui,

S'il répare et maudit ses fautes d'aujourd'hui,

Il reprendra sa place à la tête du monde.

Gerte, avant de fonder la paix bonne et féconde,

Il lui faudra combattre encor, il lui faudra

Une guerre où l'Europe entière tremblera ;

Car il n'est pas de joug qu'enfin on ne secoue :

Il ne peut pas garder ce soufflet sur la joue.

Mais pour cette œuvre sainte il n'a qu'un seul moyen,

C'est de faire un soldat de chaque citoyen,

De la patrie entière une famille armée

Et du seul sentiment du devoir enflammée,

Où le riche bourgeois coudoira l'artisan,

Où le noble sera l'égal du paysan.

Car dans le régiment la nation se mêle :

On partage la tente, on mange à la gamelle,

On se voit, on se parle et l'on devient amis.

Et quand tous ces soldats, à de vrais chefs soumis,

S'estimant, et montrant, dans le même service,

Un même dévoùment, un même sacrifice,

Contents du travail fait et du fusil porté,

Unis par les liens de la fraternité,

Marcheront dans le rang, calmes, forts, sans murmure,

0 mon pays en deuil, la chose sera mûre, Et, poussant vers le ciel ton cri de conquérant, Tu pourras les répandre alors comme un torrent, Et planter, glorieux, les trois couleurs altières De notre vieux drapeau sur nos vieilles frontières

MARTHE

Et si nous succombons encore? Si, vainqueur, Le fer de l'Allemand nous entre jusqu'au cœur? Si Paris voit encor autour de ses murailles?...

DANIEL

Femme, nul ne connaît le destin des batailles. Mais, s'il doit les revoir couvrir son horizon, Que Paris cette fois songe à son vieux blason.

Avec enthousiasme.

0 navire ! voilà bien longtemps que la houle Sur le morne Océan te harcèle et te roule, Et que le rude assaut des lames et des vents Fait craquer ta carène et grincer tes haubans. Nous t'avons vu souvent, sous l'effort de l'orage, Courir vers les écueils et voler au naufrage, 0 vaisseau qui du grand Paris portes le nom ! Dans l'ouragan hurlant plus haut que le canon, Nous t'avons vu souvent t'abîmer sous la brume ;

Page 1