ACTE I, SCÈNE IV
Ce soir, chez ses voisins, ou que notre patronne, Qui pour le militaire a pourtant du penchant, Tienne sur sa vertu quelque propos méchant.
LOUISE
Moqueuse ! -
DEUXIÈME GRISETTE
Ou bien, peut-être, est-elle la promise Du menuisier qu'on voit en manches de chemise Raboter en chantant au fond de notre cour; Ivres de bon motif et de parfait amour, Ils s'aiment ! et bientôt, nous irons, pauvre fille, Scandaliser son bal de noce, à la Gourtille.
LOUISE
Pourquoi me tourmenter, méchantes, et pourquoi Me vouloir attirer au plaisir malgré moi, Lorsque je ne m'y sens pas du tout destinée? Pourquoi me tentez-vous?
PREMIÈRE GRISETTE
Mais, petite obstinée, Parce que nous avons pour toi quelque amitié, Que tu nous fais du mal...
DEUXIÈME GRISETTE
Que tu nous fais pitié.. .
PREMIÈRE GRISETTE
Que tu mènes enfin une vie impossible.
LOUISE
Comment? n'est-elle pas simple, heureuse et paisible ?
DEUXIÈME GRISETTE
Bah ! Loger près du ciel, dans un grenier très laid, Descendre le matin chercher son sou de lait, Travailler, se nourrir d'eau claire et de salade, Et se laisser vieillir ! — J'en tomberais malade.
PREMIÈRE GRISETTE
Ne sais-tu pas qu'on n'a ces doux yeux séduisants Qu'une fois, ma mignonne, et qu'une fois seize ans ? Ne sens-tu pas ton cœur battre dans ta poitrine ? Réponds : Veux-tu coiffer la sainte Catherine Et n'avoir plus jamais pour joie et pour chagrin Que l'amitié d'un chat et la mort d'un serin?
LOUISE
C'est possible. Mais vous, les rieuses, les folles, Trouvez-vous le bonheur dans vos plaisirs frivoles? Toi, Jeanne, je t'entends quelquefois soupirer; Et toi, je t'ai bien vue, un jour, Lise, pleurer. Henri te négligeait: Albert t'avait grondée.