‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 54 sur 214 · SCÈNE V JULIEN, LOUISE · texte numérisé non relu

SCÈNE V JULIEN, LOUISE

Louise reste un moment rêveuse, en silence. Julien, sortant de l'obscurité où il était assis, s'approche d'elle, la casquette à

la main.

JULIEN

Mademoiselle, Tout à l'heure j'étais dans cette ombre perdu, Et j'ai, sans le vouloir, tout vu, tout entendu. Ne me regardez pas de cet air qui s'offense. Vous avez la pudeur exquise de l'enfance : Ayez sa confiance heureuse; et que vos yeux N'arrêtent pas un bien timide audacieux.

LOUISE

Je ne vous connais point. Ou'avez-vous à me dire?

Oh ! ne me troublez pas non plus par un sourire,

Car je préférerais encor voire courroux.

— Je suis pauvre, je suis du peuple comme vous.

Comme vous, je travaille et je vis solitaire.

Mon père est éloigné de moi; je n'ai sur terre

Qu'un compagnon très sûr, mais bien froid, le devoir.

J'errais ici, sentant vaguement s'émouvoir

Les jeunes passions dans mon cœur endormies,

Lorsqu'un de mes amis — vous avez des amies —

Me parla de ce bal et m'offrit de choisir

Entre ma rude vie et son léger plaisir;

Mais je n'ai pas à ses discours prêté l'oreille.

Vous voyez : mon histoire à la vôtre est pareille.

Pour avoir entendu leurs voix vous proposer

Le dangereux bonheur et, vous, le refuser,

Ma sympathie, hélas ! n'a nul droit à la vôtre

Et nous sommes encore étrangers l'un à l'autre;

Mais je n'ai pas voulu vous voir partir d'ici

Sans vous dire : Courage! et vous dire : Merci.

C'est étrange, en effet.

LOUISE

Le hasard est le maître.

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