‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 55 sur 214 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Et, bien que j'aie un vif désir de vous connaître,

Peut-être direz-vous : « Passez votre chemin ! »

Et cet instant trop court sera sans lendemain.

Mais vous vous tromperez; car, dans cette avenue,

Votre voix m'a frappé comme une voix connue.

Et le seul souvenir de son doux timbre d'or

À cette heure m'emplit d'émotion encor.

Je désire l'entendre et qu'elle me confie

Votre nom, le récit de votre simple vie,

Votre chagrin caché, si vous en avez un.

Mais non ! vous me croyez sans doute un importun,

Ou, pis encore, un fat qui cherche une aventure;

Vous allez me jeter une réponse dure

Et partir, en riant et sans avoir compris

Combien votre rencontre avait pour moi de prix.

LOUISE

Non, monsieur, je ne suis qu'une très pauvre fille. Je me surveille seule et n'ai pas de famille. Bien que vous m'étonniez, je ne sais pas comment On repousse quelqu'un qui parle poliment. Pourquoi me défier? Votre parole amie Ne peut pas, je le crois, murmurer l'infamie. Mais seulement ma vie obscure et sans secret N'aura, soyez-en sûr, pour vous nul intérêt.

Et puis, que voulez-vous enfin que je vous dise?

JULIEN

Mais votre nom, d'abord.

LOUISE

Je m'appelle Louise.

Et vous?

JULIEN

Moi, Julien.

LOUISE

Et vous voulez savoir, Vraiment, ce que je suis?

JULIEN

Oui. Venez vous asseoir Ici, sur ce vieux banc fait pour la causerie.

LOUISE

Vous le voulez? Ce n'est pas une raillerie?

JULIEN

Oh ! non, parlez. N'est-on pas bien sous ces rameaux ?

LOUISE

Mon histoire? Elle peut se dire en peu de mots. Je n'ai connu jusqu'à l'avant-dernière année

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