SCENE II L'AUMÔNIER, JULIEN
Julien entre; il est vieilli d'une douzaine d'années. La tenue du médecin professeur. Tout en noir. Une rosette à la boutonnière.
JULIEN
Bonjour, l'abbé.
L'AUMÔNIER, lui serrant la main.
Docteur, avez-vous un moment?
JULIEN
Pour vous, toujours.
L'AUMÔNIER
Je veux vous parler simplement D'une pauvre malade à qui je m'intéresse.
JULIEN, gaiement.
Tout ce que vous voudrez ; je suis dans l'allégresse. Je vous accorderais, tant je vois tout en beau, Que Lazare a vraiment surgi de son tombeau, Et tous les étonnants miracles de la Bible.
L'AUMONIER
Voulez-vous bien vous taire, impie incorrigible! Pour l'instant, il s'agit tout bonnement de voir La malade que j'ai confessée hier au soir. C'est une pauvre femme, hélas! bien éprouvée, Je doute qu'elle puisse encore être sauvée, Mais vous êtes sorcier.
JULIEN
Bien, mon cher ennemi.
Je la verrai, sitôt mon service fini.
Un quart d'heure, le temps de faire ma visite.
L'AUMÔNIER
Un mot encore. Il faut que je vous félicite, Car je sais le bonheur qui vous est destiné Et dont le jour approche.
JULIEN
Oh! rien n'est terminé; Et, comme on dit, ce n'est encore qu'un beau rêve.
L'AUMÔNIER
Alors je prierai donc le ciel pour qu'il s'achève; Car vous êtes humain, bon, loyal, généreux; Personne plus que vous n'est digne d'être heureux. . .