ACTE II, SCENE II
EL puis je vous prédis une autre récompense, Si vous vous mariez.
JULIEN
Et laquelle?
L'AUMÔNIER
Je pense Que si vous pouvez voir jamais un pur enfant, Le vôtre, entre les bras de sa nière, élevant Vers ce que vous niez sa prière mystique, Vous sentirez le trouble en votre cœur sceptique Et que vous songerez au Dieu sublime et doux Qui prenait les petits enfants sur ses genoux.
JULIEN
Bravo, mon cher abbé! Bonne raison de prêtre.
Et vous croyez que c'est une preuve, peut-être,
Du Dieu dont nous doutons depuis la mort d'Abel?
Mais je n'ai pas trouvé l'âme sous mon scalpel,
Et je n'ai constaté clans la nature entière
Que deux faits positifs : la force et la matière.
Le monde n'est pour moi — si vous le trouvez bon —
Qu'un peu d'eau — voilà tout — et qu'un peu de charbon.
En un mot, la raison est reine, l'homme libre,
Et le bien et le mal en parfait équilibre.
L'AUMONIER
C'est affreux! Si je veux encor vous convertir...
JULIEN
C'est vrai, mon pauvre ami; vous êtes mon martyr, Et ma vieille amitié n'est pas assez clémente; Mais je vous aime, allez, comme je vous tourmente.
L'AUMÔNIER, un peu fâché.
On peut lire à peu près cela clans Salomon.
JULIEN
Bah ! je ne gênerai jamais votre sermon.
Je le disais encore, à notre académie,
Que la religion n'est pas notre ennemie.
Nous ne vaincrons jamais la mort, certainement,
Mais nous aidons tous deux à mourir doucement.
Voilà ! Quant à la vie éternelle, mystère.
L'AUMÔNIER
Cependant...
JULIEN
A tantôt, l'abbé. J'ai lu Voltaire.