ACTE II, SCÈNE VI
De ma fuite égoïste et de ton abandon.
* Je vois bien que leur œuvre effroyable est finie,
* Que ma trahison seule a fait ton agonie,
* Que c'est le châtiment, enfin, qu'il faut subir,
* De mon premier, amour par ton dernier soupir !
A part, et s'éloignant de Louise ;'i demi évanouie.
Ah ! je la reconnais, l'affreuse maladie. Depuis assez longtemps je veille et j'étudie, Horreur! pour en trouver le stigmate certain Dans ces yeux autrefois bleus comme le malin Et maintenant éteints ou pâlis par les fièvres, Et pour voir sur ce front, sur ces mains, sur ces lèvres, Partout où mon baiser s'appuya le plus fort, Monstrueuse ironie! apparaître la mort.
11 s'approche de Louise.
— Mais je peux te sauver, ou ma science est vaine.
LOUISK.
Une douleur de plus ! Je te fais de la peine !
Et moi qui ne gardais, hélas! qu'en le craignant,
L'espoir de cet adieu si tendre et si poignant,
Voici que le destin implacable m'oblige
A te voir malheureux du malheur qui m'afflise.
JULIEN
Tu ne me maudis pas ! Ce n'est point une erreur ! Et tu peux me revoir, Louise, sans horreur? Je puis toucher ta main sans qu'elle me repousse? Et ces yeux toujours bons, cette voix toujours douce, Sont pour moi comme au temps de nos jeunes amours !
LOUISE
Mais tu ne vois donc pas que je t'aime toujours?
JULIEN
Ah! c'est le dernier coup que cet aveu m'envoie. Tu souffres?
LOUISE
C'est d'amour.
Tu pleures?
LOUISE
C'est de joie.
JULIEN
Quoi! tu m'aimes encore! et douze ans ont passé Sans que mon souvenir soit enfin effacé!
LOUISE
Ne parle plus. Je suis si faible! et l'harmonie