‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 76 sur 214 · ACTE II, SCÈNE VI. U · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI. U

Pourtant je ne voulais pas croire à ton mensonge; Mais — seulement trois mois plus tard — lorsquej'appris, Par un de nos voisins, ton retour à Paris Sans me voir, Julien, la douleur fut trop forte; Et c'est depuis ce jour, vois-tu, que je suis morte.

JULIEN

Eh bien donc, sache tout! Le dernier champ vendu,

Mon père ruiné, parlant de temps perdu,

D'amourette à Paris, mon père qui m'accuse,

Mon vieux père sans pain! C'est pourtant une excuse.

Il fallut lui jurer, alors, de conquérir

Ce titre qui devait le sauver, le nourrir;

De te fuir, de marcher à mon but sans relâche.

LOUISE

Pourquoi ne m'as-tu pas tout dit?

JULIEN

Ah! j'étais lâche.

Voilà. J'ai bien souvent lutté, pris le chemin De ton logis, et puis je disais : Non! demain. — ï'écrire, te revoir, oh ! rien qu'une minute, Ma Louise, c'était succomber dans la lutte, Et par ce dur tourment mon cœur martyrisé N'a pas voulu d'abord, et puis n'a plus osé.

Oh ! j'avais bien prévu ma rivale, l'étude.

JULIEN

Va! je souffrais aussi, moi, dans ma solitude, Et, dans les courts instants à mon travail volés, J'allais revoir les lieux où nous étions allés.

LOUISE

Dis-tu vrai?

JULIEN

Tu sais bien, au bout de la presqu'île, Au Bas-Meudon?

LOUISE

Comment, la tonnelle tranquille, Au bord du fleuve, avec la vieille table en bois?

JULIEN

Mais oui.

LOUISE

Tu l'as revue?

JULIEN

Hélas! combien de fois Ma promenade s'est à son ombre arrêtée!

LOUISE

Et moi, combien de fois je m'y suis accoudée !

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