ACTE II, SCÈNE VI
LOUISE
Merci de me dire ces choses.
C'est bien toi, toujours bon.
JULIEN
Ce regard attendri, Ce sourire... Ah ! ton mal est à moitié guéri.
LOUISE
* Non. Mais je partirai, vois-tu, plus apaisée.
JULIEN'
* Tu vivras !
LOUISE
Cet effort suprême m'a brisée,
* Et je sens que mon âme a rompu son lien.
* Le moment est venu... D'ailleurs, tu le vois bien.
JULIEN
* Louise !
LOUISE
Après l'aveu que j'ai fait tout à l'heure, ' Tu comprends bien aussi qu'il vaut mieux que je meure.
JULIEN
* Non, tu me resteras. Je serais trop puni.
* Par le premier baiser vibrant dans l'infini
* Mon âme est pour jamais à la tienne liée,
* Louise, et je ne t'ai pas une heure oubliée !
* Et je te sauverai, je le veux, je le dois !
* Et je t'aime toujours ! — On n'aime qu'une fois.
LOUISE, s'affaililissant de plus en plus.
Oh ! ne me berce pas de ce rêve impossible Et laisse-moi jouir du bonheur indicible D'avoir auprès de toi retrouvé mon amour Aussi naïf, aussi tendre qu'au premier jour; De passer à ton cou mes bras et de te rendre, En face de la mort qui bientôt va me prendre Et des anges du ciel qui me pardonneront, Ce baiser, le premier que tu mis à mon front.
JULIEN
Tu te meurs ! 0 remords ! ô torture insensée î
LOUISE
Approche... Encor plus près... Je suis trop oppressée. Mes regards sont troublés... N'est-ce pas? C'est la fin. Hélas ! j'ai tant souffert, et de honte et de faim, Qu'il me semble à présent que le repos commence Et que le ciel me donne un gage de clémence, Alors qu'il me permet de te dire à demain, Et d'expirer avec tes larmes sur ma main.