‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 79 sur 214 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Vingt raisons pour cela : l'ambition, l'étude,

La morale du monde aux faciles pardons;

Mais, lorsque vous montez, hélas ! nous descendons.

* L'avenir a pour vous des jours longs et prospères ;

* Vous pouvez devenir des époux et des pères ;

* — Qui sait? peut-être es-tu, toi-même, marié? —

* Et si l'ancien parfum de l'amour oublié

* Revient, vous rougissez en cachant un sourire.

* Et nous, pendant ce temps !.., Oh ! tiens, je veux te dire,

* Si le sort eût vraiment voulu nous éprouver,

* Comment nous aurions pu, pourtant, nous retrouver. 1 — Ecoute. Dans mes jours de vice et d'infamies,

* Une de celles-là que nous nommons amies

* S'avilit et tomba tellement qu'elle était

* A la merci d'un homme affreux qui la battait.

* Un soir, dans leur taudis, après une querelle,

* Gomme ce scélérat levait la main sur elle,

* Elle prit un couteau qui traînait et frappa.

* Bien qu'atteint près du cœur, cet homme ei'f réchappa;

* Mais la femme, qu'on prit, dut paraître en justice.

* — Faut-il que le malheur ainsi s'appesantisse

* Sur ceux qu'il a déjà si longtemps poursuivis ! —

* Cet homme en noir, assis sous le blanc crucifix,

* Avec la toque au front et l'hermine à l'épaule,

* Celui qu'elle aperçut en sortant de la geôle,

* Ce juge qui devait fixer son châtiment,

* C'était son séducteur et son premier amant !

* C'est horrible !

LOUISE

Je suis au fond du précipice

* Comme elle; mais, du moins, je ne meurs qu'à l'hospice.

JULIEN

* Tais-toi î Ne trace plus ces tableaux révoltants !

* Non, tout n'est pas perdu. Je te retrouve à temps. Oublie, ô mon amour, la misère passée !

Je sauverai ta vie, encore menacée;

Mais je suis très savant, j'ai toujours réussi.

Tu verras. Dès ce soir je t'emmène d'ici.

Oui ! te voilà bien lasse et bien faible, sans doute;

Mais sois tranquille, va, nous brûlerons la route.

Oh ! la chaude berline où tu t'endormiras,

Comme un pauvre petit enfant, entre mes bras !

Dans le temps d'un baiser nous. ferons une lieue,

Nous irons, nous courrons vers la grande mer bleue,

Vers l'azur éternel, vers le midi doré,

Où la vie elle-même est dans l'air respiré;

Et tu t'éveilleras au soleil, dans les roses !

Tu m'entends bien?

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