PROLOGUE, SCÈNE I
Que nombre de vaillants sont demeurés ici. Et que c'est bien assez; que du jour de Crecj La France gardera l'éternelle rancune...
Vivez pour la venger, vous êtes sa fortune ! » Philippe tourna bride ; et tout était fini.
Et mon père ?
HUGUES
Messire Enguerrand de Mauny Se trouvait parmi ceux du roi Jean de Bohême. J'étais son écuyer, et je me souviens même Qu'au matin nous avions communié tous deux. Vers la fin du combat, — j'étais à coté d'eux Et je puis raconter tout ce qu'a fait mon maître, — Jean de Bohême, aveugle, et blanc comme un ancêtre, Requit le seigneur comte et son autre servant, Ingomar le Bancal, d'entraîner en avant Sa jument du Danube à la robe jaspée, Afin qu'il put férir encore un coup d'épée; Et, comme un vieux faucon entre deux tiercelets. Ces trois hommes unis coururent aux Anglais. Je les trouvai, la nuit, sur le champ de bataille, Couchés tous trois; et seul, bien qu'une large entaille Ouvrit son front, reçue en brave, par devant,
Emmerrand de Maunv fut relevé vivant.
Il guérit, puis au roi s'en alla rendre hommage.
ALAIN, avidement.
Après ?
HUGUES
Après ? c'est tout !
ALAIN
C'est tout ! Ah ! c'est dommage.
HUGUES
Mais, mon jeune seigneur, c'est bien toujours ainsi Que je vous ai conté l'affaire de Grécy.
ALAIN, un peu désappointé.
C'est vrai.
Yers la fin du récit, la comtesse a laissé sa quenouille et a écouté avec attention, puis elle s'est levée et approchée du groupe formé par Hugues et les enfants.
LA COMTESSE
Très bien parlé, mon vieil Hugues ! L'histoire Est bonne à répéter. Grave dans la mémoire De ces enfants, grandis aux heures de danger, Le récit des malheurs qu'ils auront à venger.
HUGUES, debout.
Peut-être qu'aujourd'hui, dame, le roi de France Les répare ?