SCÈNE PREMIÈRE
LE DUC, L'ARMURIER, puis LA COMTESSE.
Le duc, en élégant costume du matin, est devant le tir et prend un pistolet des mains de l'armurier.
LE DUC, armant le pistolet.
Encore cette balle, (il ajuste la cible et fait feu.) Mouche... Fridolin, va me chercher le carton. (L'armurier
s'éloigne pour obéir; le duc descend en scène, puis regarde à l'horizon.)
Vraiment, la ville offre d'ici un merveilleux coup d'œil, avec ses maisons de briques roses, ses toits
d'ardoises bleues et ses monuments dorés. Quel magicien que le soleil ! Il jette les splendeurs du prisme sur toutes les pourritures... que ce soit un
Cloaque OU Une Capitale. (L'armurier revient et lui présente
le carton.) Diable ! ... J'ai seulement couvert six balles sur dix... C'est pitoyable.
L'ARMURIER
Voire Excellence avait la main un peu nerveuse ce matin.
LE DUC
C'est vrai, et si c'eût été aujourd'hui que je me fusse battu avec le major de Planow... une belle cible, ma foi ! ce plastron vert, constellé de décorations... je crois qu'il y aurait eu dans mon tir un léger écart... et qu'au lieu d'envoyer ma balle juste sur son ordre de l'Éléphant de Danemark, j'aurais pu lui briser sur la poitrine sa croix de la Couronne de fer, ce qui eût été de mauvais goût, puisque je lui avais promis de viser l'Éléphant.
(Renflant à l'armurier le carton et le pistolet.) C CSt bien, je ne tirerai plus aujourd'hui. (L'armurier sort. Entre la comtesse, en tenue de cheval, venant de l'hôtellerie. Le duc, l'apercevant.) JLa
comtesse Zéno?