ACTE il, SCÈ.NE I
DONNA l'IA.
Si... de pauvres proscrits, qui demandaient licence De vous voir un moment.
GIAN-BATTISTA
Encor... les malheureux!
Mais, hélas ! je n'aurais rien pu faire pour eux. Notre épargne n'était pas forte, cette année ! On nous implore tant... je l'ai toute donnée. Notre trésor est vide, et c'est souvent ainsi. Pauvres gens !
DONNA l'IA.
Monseigneur, n'ayez aucun souci, J'ai compris leur misère à leurs regards timides, Et pas un n'est sorti de chez vous les mains vides.
GIAN-BATTISTA
Cependant nous n'avions plus rien?
DONNA PI A
Hier, en effet,
Mais non pas aujourd'hui.
GIAN-BATTISTA
Gomment donc as-tu fait?
DONNA PI A
Ne vous occupez pas de mes pauvres largesses.
THKATKE. — III. \->
J'avais quelques bijoux, inutiles richesses ;
Car un deuil éternel par nous deux est porté.
Ma parure, ai-je dit, sera la charité,
— D'ailleurs, je ne mettais jamais ces braveries, — -
Et j'ai chez l'argentier vendu mes pierreries...
Oh! sans vous en parler... Vous n'auriez pas dit : « non».
Les proscrits sont partis bénissant votre nom.
GIAN-BATTISTA, se levant et lui prenant les mains.
0 ma Pia, douceur et fierté de ma vie ! Certes, je ne suis pas parmi ceux qu'on envie, Et l'on plaint le vieillard qui porte dans son cœur D'un grand rêve détruit la cruelle rancœur ; Je ne suis qu'un captif dans ma patrie esclave. Mais l'humble moine élu pape par le conclave, Mais le condottiere devenu prince et duc, M'envieraient, quand, pauvre homme égrotant et caduc, Je prends avec amour tes deux mains et les presse, Ces larmes de bonheur, d'orgueil et de tendresse !
DONNA PIA
Mais, monseigneur, j'ai fait simplement mon devoir.
GIAN-BATTISTA
Que je t'aime, Pia ! Tu ne peux pas savoir
De quel profond chagrin mon âme est oppressée,