SCÈNE III Les Mêmes, DONNA PIA
GIAiN-BATTISTA, voyant entrer donna Pia.
Voici ta mère, enfant, mon héroïque épouse. Tu lui dois ton secret, elle serait jalouse ; Et pour le grand péril où tu vas t'exposer, Ma bénédiction ne vaut pas son baiser.
DONNA PIA
Un péril?... Pour mon fils?. .. Et lequel, je vous prie?
GIAN-BATTISTA
Cet enfant va venger son père et sa patrie...
DONNA PIA
Comment?
GIAN-BATTISTA
En attaquant Barnabo Spinola...
SEVERO
En frappant le tyran !
DONNA PIA, avec un grand cri.
Ah!... jamais!... Pas cela!...
Elle défaille sur un siè^e.
Non, pas cela... C'est trop !...
GIAN-BATTISTA
Pia, quelle faiblesse!
Songe qu'elle m'attriste autant qu'elle me blesse. . . Tu souffres... mais le cri que ta bouche a poussé Dément en un instant tout ton noble passé. Oui, pleure, c'est ton droit; mais en ton cœur ramène Cet amour du devoir, cette vertu romaine Dont jadis je tâchai de t'imprimer le sceau, En te lisant Plutarque auprès de son berceau. Quoi ! tout à l'heure encor, simplement, sans murmures, Aux pauvres exilés tu donnais tes parures. 0 matrone, il faut faire encor plus que tu fis ! Pise exige de toi la plus belle : ton fils !
SEVERO
Oui, mon père a raison. Par pitié, soyez forte, Espérez et priez, mère, pour que je sorte De ce grave danger heureux et triomphant. Priez, ma mère ! et Dieu vous rendra votre enfant... D'ailleurs, à mon projet vous serez convertie, Lorsque vous saurez tout... J'ai juré sur l'hostie!
Donna Pia tressaille douloureusement; Severo l'enveloppe de ses deux bras.