SCÈNE II SEVERO, seul
Il entre, plongé dans sa méditation.
Je suis son fils!... La nuit entière s'est passée, Puis un jour, et je vis avec cette pensée. . . Cherchant les lieux déserts, comme si mon affront Était, en -traits de feu. lisible sur mon front, J'erre, je vais... Voilà des heures que je marche... Hier au soir, je me suis accroupi sous une arche Du vieux pont; mais l'affreux clapotement des eaux, Et le vent de la nuit pleurant dans les roseaux, Et deux ou trois hiboux sortis de leur repaire, M'ont chuchoté tout bas ces mots : « Il est ton père! » Et je me suis enfui dans les champs, plein d'effroi. Les étoiles n'ont pas eu de pitié pour moi ; Elles me poursuivaient de leur regard sévère. Au matin, sur la route où se dresse un calvaire, Mes genoux ont fléchi devant le crucifix. . . Je n'ai pas pu prier. . . Son fils. . . Être son fils ! Je n'ai voulu revoir ni ma mère... ni l'autre... Le vieillard. . . Comme fait la bête qui se vautre, 'ai dormi sur le sol, roulé dans mon manteau...