‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 127 sur 251 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SEVERO, seul.

Dans une heure ! Oui, voilà la question posée... Parricide ou parjure!... Ah ! ma force est brisée;

2U SEVERO TORELL1.

Dans ma poitrine un feu brûle en me consumant. . .

Me tuer, c'est encor manquer à mon serment ;

Cela m'est interdit... Non! il faut que je vive...

Voilà la question, voilà l'alternative :

Me parjurer, trahir. . . ou tuer Barnabo ! . .

Tu n'en sortiras pas!... Étreins-toi le cerveau,

Malheureux, tords tes mains, pleure, sanglote et crie!

€'est ainsi : Parricide ou traître à la patrie !

Ah ! puisque tout chemin me conduit à l'enfer,

J'y veux aller du moins le front haut, le cœur fier...

Je le tuerai ! ... Tantôt, n'a-t-il pas eu l'audace

De me jeter ici ma naissance à la face?

Je tiendrai mon serment, je tuerai Spinola!...

Oui, mais revoir ma mère après ce crime-là !

Tendre, pour l'embrasser, mes deux mains toutes pleines

Du sang, du même sang, qui coule dans mes veines !

C'est impossible, non... je ne pourrai jamais!...

Que je suis malheureux! Et hier encor, j'aimais

Mon pays, mes parents, mes amis, la nature,

La beauté; j'espérais tout de l'heure future;

Je voulais Pise libre et je croyais en Dieu;

J'avais vingt ans, mon cœur était comme un ciel bleu ;

Et, sans que la patrie en pût être jalouse,

Bien souvent, je rêvais de quelque blanche épouse,

Et devant une fleur je soupirais d'amour !

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