ACTE IV, SCÈNE V
- \ NDRINO.
Excellence, pardon, Je pars... Mais, hier matin, quand vous m'avez fait don De votre chaîne d'or, en trop généreux maître, Vous avez bien voulu, monseigneur, me promettre D'accepter un cadeau de votre protégé.
Or toujours, en forgeant cet objet, j'ai songé A la haine du Guelfe, à Pise dans les chaînes, Au furieux tocsin des révoltes prochaines. J'ai mis là tous mes soins, tout mon cœur, tout mon art El, comme à notre chef, je vous l'offre.
Sandrino présente le poignard à Severo.
SEVERO
Un poignard !
A part, considérant l'arme qu'il a saisie.
Il m'apporte un poignard! 0 féroce ironie! L'affreux désir me donne un frisson d'agonie ; Je le sens qui m'étreint le cœur comme un étau. . . Et c'est ce doux enfant qui m'offre le couteau !
Tirant lentement l'arme du fourreau.
Montre-toi donc, ô lame immaculée! Émerge De ta gaine, acier pur et froid comme une vierge ! Et réfléchis, avant de te rougir de sang, Pour la dernière fois les yeux d'un innocent!
Haut, à Sandrino, lui montrant la poignée de l'arme.
Mais, Sandrino, quelle est cette tête énergique, Cet homme à l'œil austère, au front bas et tragique, Dont le col est drapé du vêlement romain, Et que, sur la poignée, a ciselé ta main?
SANDRINO.
Excellence, j'ai cru vous plaire... Car c'est l'homme Que Pise jusqu'ici put envier à Rome ; Mais nous voyons en vous revivre ses vertus... C'est le grand meurtrier de César, c'est Brutus...
SEVERO, à part.
Oh! ce crime!... Ainsi, tout m'y pousse, m'y décide. Et toi-même interviens, Brutus le parricide!
R E >' Z 0, avec impatience.
L'heure presse.
SEVERO
As-tu donc encore des soupçons, Renzo? Je n'attendais que ce poignard... Marchons.
Il sort en entraînant Renzo.