ACTE V. SCÈNE IV
SEVERO
Ne prenez pas l'ennui D'appeler, Barnabe La retraite est coupée, Et ce moine qui vient d'emporter votre épée Est mon complice... Il a soigneusement fermé Cette grille sur nous... Vous êtes désarmé, Et moi,
Montrant son poignard.
j'ai dans la main cette fine vipère...
Du calme... Maintenant, expliquons-nous... mon père
• BARNABO, Stupéfait.
Tu sais...
SEVERO
Tout. Le secret abject, je le connais, Et vous devez comprendre à quel point je vous hais. Oh ! je vous détestais déjà bien, car vous êtes Le tyran dont le pied de fer est sur nos têtes; Florence qui produit, depuis ces temps derniers. Tant de noirs podestats, d'affreux gonfaloniers, Sur Pise a su placer son plus cruel Tibère... Mais, depuis que je sais que vous êtes mon père, Et comment et pourquoi vous l'êtes, oui ! depuis Que je sais votre crime et quel bâtard je suis, La haine qui se creuse en mon àme qui souffre Est telle que je n'ose en mesurer le gouffre,
Et mon regard fixé sur le vôtre est pareil A celui de Salan regardant le soleil !
BARNABO.
Jeune homme...
SEVERO
Appelle-moi ton fils, infâme ! et tremble ! Un fils de toi doit être un monstre, que t'en semble ? C'est logique; et puisque ce fils t'exècre, eh bien, Il va probablement te tuer comme un chien. . .
BARNABO.
Me tuer !
Tu pâlis, et mon regard te glace...
Je me croirais perdu, tenez, à votre place.
BARNABO.
Me tuer !
SEVERO
J'en ai fait le solennel serment, Hier même, devant le Très Saint-Sacrement. Voulant débarrasser de toi notre patrie, Nous nous étions armés quatre pour la tuerie; Et l'honneur du premier coup m'était décerné... Hélas ! je ne savais pas de qui j'étais né !
BARNABO.
Qui te l'a dit?