ACTE V, SCÈNE IV
SE \ EKO.
Qui m'a révélé votre crime Et ma honte? Qui donc? Si ce n'est la victime... Ah ! qui pouvait me l'aire un tel aveu, sinon Ma mère?... Scélérat ! j'ai prononcé son nom, Je songe à ses vingt ans de remords et d'alarmes. .. Prends garde. . . Ah ! tout ton sang contre une de ses larmes
BARNABO.
Prends-le donc.
SEVERO
Malheureux !... Ah ! ne me tente pas ! Écoute, tu ne peux échapper au trépas. . . Ce devrait être fait... Attendant que je sorte, Tout sanglant, mes amis veillent à cette porte. Plus de secours possible... Eh bien! écoute-moi... Je te hais, mais un fils de toi, — même de toi ! — Peut hésiter devant un crime, et la clémence De la nature humaine est cependant immense; Car quels que soient déjà les sentiments pervers Qu'en me sachant ton fils je me suis découverts, Il reste assez en moi de ma mère martyre Pour remettre au fourreau ce poignard que j'en tire, Pour ne pas écouter le conseil de Satan, Pour t'offrir le salut, pour te dire : « Va-t'en ! •» Pour résister enfin à mon horrible envie...
Et, bien qu'en épargnant ta misérable vie
Je manque à mon serment, au devoir, au pays,
Je puis le faire encor... mais si tu m'obéis.
BÂRNABO.
Obéir !... Recevoir vos ordres !
SEVERO
Ah ! refuse ! . . .
Refuse ! et mes amis, que déjà je m'accuse De tromper, pourront voir un spectacle hideux ! Refuse ! et ce couteau nous tuera tous les deux.
BARNABO.
Enfin... qu'exigez-vous?
SEVERO
Donnez-moi l'émeraude Que vous avez au doigt. Je commettrai la fraude De porler cette bague à mes jeunes amis, En mentant, en disant que le meurtre est commis. Quand ils auront la bague, ils se serviront d'elle Et se feront d'abord livrer la citadelle, Sur l'ordre qu'on croira timbré de votre main. Le vieux drapeau de Pisey flottera demain. Car, pour venir en aide à l'émeute hardie, Le roi Charles déjà chevauche en Lombardie...