ACTE V, SCÈNE IV
Vous m'attendrez ici, caché; dans un moment,
Je reviens, je vous donne un bon déguisement,
Celui d'un serviteur de ma maison, ma bourse
Pleine d'or, un cheval excellent pour la course ;
Je vous mets hors la ville, et vous vous en irez
Droit devant vous, bien loin... enfin, où vous voudrez !
Pour le corps... Oui, je puis inventer quelque histoire..
Je séduirai le moine et je leur ferai croire
Que nous avons jeté le cadavre à l'Arno. . .
Et je vous sauve ainsi. — Donnez-moi votre anneau.
B 1 RNÀfcO, railleur.
C'est très ingénieux... Vraiment, je vous admire ! Mais ce que vous m'offrez, je pense, c'est pour rire; Pendant que vous parliez, d'honneur! je suffoquais. Ainsi, je vais m'enfuir sous l'habit d'un laquais; Je reçois votre aumône et la mets dans ma poche... Allons ! vous êtes fou, jeune homme sans reproche, D'avoir un instant pu croire qu'on vous cédât. Je suis un gentilhomme et je suis un soldat, Mon cher, et j'ai le front trop haut pour que je passe, A n'importe quel prix, sous cette porte basse... Sur votre bon cheval, je devrais, n'est-ce pas, Au quadruple galop, m'en retourner là-bas ? J'irais, au débotté, faire la révérence,
Comme c'est mon devoir, aux seigneurs de Florence,
EL quand, m'interrogeant sur Pise avec bonté,
Ils diraient : — « Que devient notre bonne cité ? » —
Je répondrais à la Seigneurie étonnée :
— « J'ai là-bas un bâtard à qui je l'ai donnée... » — ■
Fuir en lâche, livrer la ville et le château !
Moi, Spinola!... Jamais !... Prépare ton couteau.
SEVERO
Un bâtard ! . . . Songe donc à quel fil tient ta vie Et ne répète pas ce mot qui me défie. Va ! je fais un terrible effort pour l'oublier. Je ne descendrai pas jusqu'à te supplier, Mais, voyons ! réfléchis... Ma patience est lasse... Donne-moi ton anneau, vite. . . je te fais grâce. . . Mes amis vont venir; tu seras massacré. .. Donne donc... N'es-tu pas ancien condottiere? Tu t'en iras servir le Sforze ou le Gonzague... Donne ton émeraude, allons ! donne ta bague... Malheureux ! tu vois bien quelle instance je mets A t'offrir le salut. Accepte donc !
BARNABO.
Jamais.
SEVERO
Alors tu vas mourir !... Si tu le peux, rappelle