‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 16 sur 251 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

<lu sang ou d'un millionnaire, m'a laissé sans argent et sans protecteur... J'ai accepté bravement Ja bataille de la vie. Tenez, monsieur, vous jouez avec un pommeau de cravache dont la valeur représente trois fois la somme qui m'a suffi pour végéter pendant deux ans, sous un des toits de cette grande ville, passant mes journées en efforts munies et mes nuits en veillesacharnéespouracquérir les connaissances qu'il faut à un ambitieux pauvre. J'ai lutté, mais j'ai été vaincu. Il paraît que la société ne veut pas de moi. J'ai subi tous les refus, toutes leshumiliations... Je sens en moi une volonté à soulever des montagnes, et hier on m'a refusé une place d'expéditionnaire à la chancellerie... Ah ! je suis allé jusqu'au bout; mais aujourd'hui je suis trop las, et comme il me restait un florin, j'ai acheté la charge de poudre qui est dans ce pistolet. . . Vous, monsieur... je ne vous connais pas... mais on vous appelait tout à l'heure devant moi Monseigneur et Excellence, et je devine que votre aristocratique ennui n'a rien de commun avec mon trivial désespoir. Ahisi, passez votre chemin... Justement, voici le garçon d'écurie qui amène votre cheval dans cette cour. Bonne promenade ! Un temps de trot dissipera vos idées noires... Allez! et laisse/.

cette place libre à un misérable qui en a besoin pour mourir.

LE DUC

Et je le ferais, vertubleu ! si vous mouriez d'une trahison de grisette ou d'un manuscrit sans libraire. Mais vous venez de prononcer quelques énergiques paroles qui vous ont valu mon estime. Ainsi, cette jeune fille avec qui je vous ai vu tout à l'heure n'est pour rien?...

Page 1