‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 167 sur 251 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Je craindrais, en calmant cette gentille ardeur,

De vous faire l'effet d'un vieux mari grondeur...

Cependant le moment est grave et difficile,

Et ce n'est pas un jeu que la guerre civile.

Vous y courez, Dora, comme on part pour le bal :

Déjà vous vous voyez en habit de cheval,

Le sabre au flanc, ayant au corsage une rose. . .

Moi, je songea Dundee et je songe à Montrose,

Je songea tout le sang déjà versé pour rien!

Oh ! sans doute, je suis prêt à donner le mien

Sans marchander; car, dans nos vieilles seigneuries.

Nous sommes, en naissant, cavaliers et tories,

Et ce proverbe a cours dans tous les clans du Nord :

« Quand Stuart est vaincu, c'est que Fingall est mort... »

Mais tous ces pauvres gens ! . . . Elle sera coûteuse,

Cette guerre î et je crois la victoire douteuse ;

Car je connais, hélas ! notre sanglant passé.

Nos révoltes toujours ont ainsi commencé

Par des cris de triomphe aux lueurs des épées,

Et toujours ont fini par des têtes coupées

Et des champs de carnage où planent les corbeaux.. .

N'importe ! Puisqu'on a déployé les drapeaux,

Qu'un Stuart est venu, que le pibrock résonne,

Nous partirons tous deux, ma vaillante amazone,

Nous suivrons les tambours du prince aventurier,

Et votre vieil époux vous tiendra rétrier.

DORA

Eh bien! moi, je vous crois, Richard, mauvais prophète.

Rien ne peut m'empêcher d'avoir le cœur en fête.

Dans son parti, le Prince a les femmes !... Il a

Les femmes ! C'est le point important. Tout est là.

Ces Londunners, des gens de banque et de négoce,

Résister à l'effort de l'héroïque Ecosse !

Allons donc ! Si l'on veut, je tiens tous les paris,

Mon cher lord ! mais, pour moi, Londres est déjà pris,

Et les Anglaises ont des pudeurs saugrenues

Devant nos montagnards montrant leurs jambes nues ;

Le massif Électeur, qu'ils appellent leur roi,

Et son (ils, le fâcheux vaincu de Fontenoy,

Du Hanovre ont déjà repassé la frontière ;

Je suis duchesse ; vous avez la Jarretière ;

Jacques trois règne ; et, seul, le héros valeureux,

Le beau Charle-Édouard, le Prince, est malheureux,

Car je lui tiens rigueur et j'ai fait sa conquête!...

Et ce sera charmant !

LORD FINGALL.

Que vous êtes coquette !

Et que je souffrirais, si j'étais méfiant, Dora !... Mais non... Un jour, — j'y pense en souriant, —

\eTK I, SCÈNE IV.

Vous vîntes, pour tirer des perdrix et des grouses, Voir mes grands marronniers et mes vertes pelouses; Et votre vieux parent vous donna tout son cceur. Ses premiers cheveux gris ne vous ont pas l'ait peur, Non plus que son manoir battu par les tempêtes. Vous m'avez accepté pour époux, et vous êtes Gomme un rosier grimpant aux murs de ma maison, Oui parfume et fleurit son antique blason. 0 toi, qui m'as donné cette joie infinie De ne pas vieillir seul et triste, sois bénie ! Toi qui de ton amour m'as lait la charité, Va ! laisse déborder ta vie et la gaieté ! Oui, je veux retrouver mes vingt ans pour te plaire ; Je n'ai qu'une ruine et qu'un parc séculaire A t'offrir, mais cours-y librement, ma Dora, Et sois folle ! Et ton vieux compagnon sourira Lorsque ta voix, sonnant joyeuse à ses oreilles, Fera des arbres noirs s'envoler les corneilles !

DORA

•li' vous aime, Richard, quand vous parlez ainsi. Mais c'est trop s'attendrir, et, dans ce moment-ci, Nous ne devons songer qu'à l'entrée en campagne... Savez-vous ce qu'on dit, milord? Que la montagne N'est plus d'un loyalisme aussi pur que jadis,

Que vous n'armerez pas même un homme sur dix ; Et que le clan, perdant l'antique obéissance, Est prêt à dire non, même en votre présence, Même devant le Prince en personne apparu.

LORD FINGALL, avec colère.

On ose ! . . .

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