ACTE II, SCÈNE I. i
A la cause du Prince est tout à fait acquise; On prétend qu'elle en rêve, et que la Pompadoui Suit de loin vos succès et marque, chaque jour, Le terrain qu'ont gagné vos montagnards farouches, Sur la carte d'Ecosse, avec sa boite à mouches.
DORA
Eh! quelle femme, ayant le cœur un peu guerrier, N'aimerait ce royal et bel aventurier?. . . Si pour lui celle-ci n'a pas d'indifférence, Qu'elle rappelle donc, alors, au Roi de France D'envoyer les secours et les renforts promis !
LE MARQUIS
Mais vous avez raison... Je vais, par des amis, Faire savoir à la nouvelle favorite Ce qu'est le Prince Charle et quel est son mérite. Car elle ne connaît que ses exploits vainqueurs. Mais quand elle apprendra qu'il ravage les cœurs, Qu'il part, pour conquérir l'Angleterre et les Indes, Beau Tancrède, entouré d'un essaim de Clorindes : Que des dames, tandis qu'à la gloire il volait, Ont fait à ses côtés le coup de pistolet, La Pompadour, alors, redoublera de zèle En faveur du héros déjà bien vu chez elle... Vous souriez?. . . Non pas ! je suis très sérieux.
Avoir raison, c'est bien; être charmant, c'est mieux. Quand on saura qu'en plus de ses droits légitimes Le Prince a de beaux yeux et qu'il fait des victimes, La marquise offrira, j'aime à le supposer, Un canon par caprice, un soldat par baiser.
DORA, à part.
Non ! il n'a qu'un amour, et pour moi, j'en suis sûre.
Haut.
Accuser d'inconstance un héros ! Quelle injure!
LE MARQUIS
Ce serait le flatter, en France, milady.
DONALD DE GLENMORISTON, à Gordon de Glencoé.
(Je papillon doré me semble bien hardi,
Et je vais interrompre un peu son bavardage. . .
Monsieur le marquis...
LE MARQUIS, à part.
Quoi? Que nous veut ce sauvage?
DONALD
Je m'appelle Donald, laird de Glenmoriston,
Et j'ignore les mœurs de cour et de bon ton
De Yersaille, où vos rois sont conduits par des filles;
Mais je connais les mœurs de nos nobles familles.
Lorsque l'honneur est par une femme outragé,