ACTE III, SCÈNE IV
Un pauvre infirme en proie à cet affreux tourment,
Et sans doute riez de mes regards sans flamme,
Soyez maudits!... Et toi, toi! misérable femme,
Coupable objet d'amour d'un roi que tu perdras,
Toi que j'ai suppliée en te tendant les bras
Et qui gardes toujours cet obstiné silence,
C'est le peuple écossais tout entier qui te lance
Sa malédiction par la voix du vieillard !
Je ne crois plus à tes sanglots : il est trop tard!
Je te voue au malheur, et pour toute ta vie !
J'en ai le droit, par tant de misère subie,
Par ces yeux dont les pleurs ont éteint les flambeaux,
Par mes quatre-vingts ans passés, par les tombeaux
Où la mort a couché mes quatre fils, ces braves,
Que ne vengera pas le roi que tu dépraves !
El l'Ecosse, candide ainsi que ses sommets,
L'Ecosse aux mœurs de neige, être impur! où tu mets
La tache qui jamais ne sera plus détruite,
Te chasse par mes mains, et te dit : « Sois maudite! »
MARIE, avec un cri désespéré.
Ah! grand-père!
ANGUS
Marie !. .. elle ! . . . ma fille ! . . . Horreur ! Mais oui, c'est bien sa voix, c'est elle! Pas d'erreur Possible!... Abjection! 0 comble de la honte!...
J'étouffe. . . Un flot de sang à la gorge me monte. . .
On dirait que mon crâne éclate sous l'affront
Et que mes cheveux blancs prennent feu sur mon front!
LORD FINGALL, à part.
Oh! c'est horrible!
AN GIS
Ainsi, c'estbientoi, toi, Marie, C'est bien toi que le Prince a séduite et flétrie?... Je deviens fou! Je crois avoir mal entendu !
MARIE, à part.
Il faut mentir encore, ou le Prince est perdu.
Haut.
C'est moi...
ANGUS
C'est donc possible! Un homme, elle l'avoue! Un homme a piétiné mon enfant dans la boue... Et c'est Charle-Édouard, et c'est un fils de roi! Mais il est sous sa tente, il dort... Conduisez-moi, Oh! par grâce! et mettez dans cette main tendue Un poignard, un couteau, quelque chose qui tue!... Mais ils l'entoureront tous, en le préservant, Ceux-là qui m'ont laissé maudire mon enfant!... Ma fille!... Et je n'ai qu'elle!... Une fleur d'innocence! 0 fureur, désespoir affreux de l'impuissance! Dieu! rends-moi mes regards, brûlés de pleurs de sang,