‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 217 sur 251 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

RUTH, JOÉ, puis DUNCAN.

Au lever du rideau, IUith, montagnarde très humblement vêtue, est assise auprès de la cheminée et file sa quenouille; Joé, garçon de quatorze ans environ, est assis à ses pieds. L'enfant, couvert seulement d'une mauvaise blouse, a les jambes et les bras nus, et son visage conserve toujours une expression de naïveté enfantine et d'égarement.

JOÉ, chantant.

Sous le ciel, de brouillard voilé, Je sème le blé.

RUTH

Il faut toujours qu'il chante... Ah! parfois je l'envie, Notre pauvre petit ! Il ignore la vie...

Il ne sait pas les maux que nous avons soufferts, Ni que la triste Ecosse a repris ses vieux fers, Ni combien l'Angleterre est cruelle et méchante!... L'Innocent voit fleurir les prunelliers... Il chante!

J OÉ, chantant.

Sous le ciel, de brouillard voilé, Je sème le blé.

RUTH

Mais dis-moi donc, Joé, toujours de bonne humeur, Ce n'est pas de saison, ta chanson du semeur! Nous sommes en Avril... Avril! Tu te rappelles?

JOÉ, comptant sur ses doigts et comme faisant effort pour rassembler ses souvenirs.

Février... Mars... Avril... Ah! oui, les hirondelles... Les champs déjà tout verts, le ciel déjà tout bleu.

DUNCAN entre, en portant un fagot de bois mort et une hache de bûcheron.

Tiens, ma femme, voilà de quoi faire du feu.

11 pose à terre son fagot et sa hache.

Par ces soirs de printemps, le froid pique encor ferme. Ouf! Je suis fatigué... Rien de neuf àf la ferme?

Pas d'habits rouges?

RUTH

Non.

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