ACTE IV, SCÈNE I
DUNCAN
Tant mieux! mais craignons-les; Car ce serait affreux si ces maudits Anglais Découvraient que chez nous milord Fingall se cache.. Et je suis désarmé ! Je n'ai plus que ma hache.
JOÉ, venant vers Duncan.
Bonjour, grand frère !
DUNCAN
Eh bien, toi, la tête à l'envers, Tu dois être content... Voilà les arbres verts Et le soleil.
JOÉ
Ah ! oui... le soleil... jour de fête! C'est chaud! . . . C'est bon! . . . Et j'ai des chansons plein latê te!
11 chante.
Hier, j'ai vu, passant le gué, Polly la brunette, Landéridérette ! Qui ses jolis pieds m'a montré, Landéridéré !
Mais je n'ai pas son amitié ;
Car elle est coquette,
Landéridérette !
Et je me suis mis à pleurer,
Landéridéré !
Pendant qu'il chante, Ruth a nus du bois au feu, qui se ranime. Joé se rapproche de la cheminée.
Le feu... c'est bon aussi,
DUNCAN
Pauvre être sans raison !
Le seul heureux, pourtant, dans toute la maison... Nous pleurons tous; il chante... Ah ! bon Dieu !
RUTH
Tu soupires..
Les nouvelles sont donc mauvaises ?
DUNCAN
Toujours pires !..
Du côté d'Inverness, m'a-t-on dit, c'est hideux ! Cumberland le Boucher, le fils de Georges deux, Fait tout tuer là-bas, sans juges ni sentences. A Perth, on a planté des forêts de potences, Et l'on n'a jamais vu les corbeaux aussi gras. Les bestiaux sont tous tués par les soldats; Car, las de massacrer, maintenant on affame. Nous y périrons tous, vois-tu, ma pauvre femme !... Culloden ! Culloden ! Épouvantable soir, Où l'Ecosse a perdu son magnifique espoir ! Quel désastre ! l'armée entièrement détruite, Nos drapeaux pris, les clans battus, le Prince en fuite ! J'ai vu cette déroute ! Au dégel, le torrent Emporte les glaçons moins vite en son courant. J'étais là ! j'assistais à l'horrible spectacle; Et, moi-même, je fus saisi par la débâcle