ACTE IV, SCÈNE IX
0 Dora, dont j'ai cru longtemps l'âme si blanche,
0 fantôme souillé! de mon vieux cœur s'épanche Un fleuve de chagrin que rien ne tarira... Pourtant je n'ai pas pu te maudire, ô Dora î Ici, quand tout en moi frémissait de l'outrage, Ma bouche cependant n'a pas eu le courage De dire un mot cruel en prononçant ton nom î Est-ce le seul respect pour une morte? Non, C'est plus ! L'époux trahi, que sa honte exaspère, Se souvient qu'avant tout il t'aima comme un père; Et, sentant quel poison cachait la belle fleur, Il a moins de courroux encor que de douleur.. . Que dis-je? Je me sens même assez d'indulgence Pour chasser loin de moi les désirs de vengeance; Je ne veux plus, dans mon apaisement nouveau, Châtier ton complice et souiller ton tombeau. A ceux qui m'ont trompé, par un exemple insigne, Pareil au vieux soldat qui connaît sa consigne Et qui fait son devoir sans phrase et simplement, Je prétends enseigner comme on tient un serment En respectant, malgré l'horreur qui me pénètre, L'ombre d'une perfide et le sommeil d'un traître. Envers ceux qui m'ont fait souffrir, humilié, Mon cœur ne se sent pas libre, ni délié ; Ma parole est intacte; et je veux, sans faiblesse,
La tenir, digne ainsi de ma vieille noblesse, Qui prise plus que tout l'or d'un serment prêté Et place son honneur dans sa fidélité.