SCÈNE PREMIERE LE PRINCE, DUNCAN
Au lever du rideau, le Prince, vêtu de son costume de montagnard réduit à l'état de haillons, est assis sur une roche, dans une attitude accablée. Duncan, dont les habits sont aussi misérables que ceux du Prince, est debout auprès de lui.
LE PRINCE
Duncan, je n'en peux plus ! Duncan, j'ai froid ! ... j'ai faim ! ,
DUNCAN
Courage ! Vos malheurs sont tout près de leur fin. Courage ! Le repos et le salut sont proches. A sept ou huit cents pas, en prenant par les roches, Nous trouverons enfin la baie où nos amis Rejoindront Votre Altesse, ainsi qu'ils l'ont promis...
Un effort, Monseigneur! et la peine est finie.
Monseigneur ! . . . Votre Altesse ! ... Ah ! navrante ironie ! Marcher encor, Duncan? Je l'essaierais en vain... Ton Seigneur est trop las. . . Mon Altesse a trop faim ! , , .
DUNCAN
Je vous laisserais bien dans ces rocs solitaires
Pour vous chercher du pain... Mais rentrer dans les terres,
C'est imprudent; et nous pourrions être trahis.
Par là, c'est plein d'Anglais qui fouillent le pays...
Ma gourde est vide!... Rien à manger, rien à boire!...
Mon cher Prince, courage !... Après ce promontoire,
Nous toucherons le but, nous serons arrivés.
Lochiel, miss Mac-Donald, vingt amis éprouvés
Seront là... Le vaisseau français que l'on signale
Et qui vient recueillir Votre Altesse Royale,
Peut, ce soir, être en vue, avec ce vent du Nord...
Nous aurons un canot pour vous conduire à bord.
Sur le pont du Conti, vous serez comme en France...
Oui, ce soir, — croyez-en mon ardente espérance, —
Vous verrez les trois lys de son blanc pavillon
Et serez salué par son coup de canon.