‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 240 sur 251 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

LE PRINCE, tombé dans une méditation douloureuse et se parlant à lui-même.

Et je fus un roi... presque!... Et des vaincus serviles

M'ont, sur des plats d'argent, offert les clefs des villes;

Aux pieds de mon cheval leur respect s'est rué,

Et plus d'un orgueilleux Anglais m'a salué

Des titres de Régent et de Prince de Galles !

Tous, humbles fronts bourgeois, fières têtes ducales,

Se courbaient pour poser leurs lèvres sur ma main

Alors que je suivais mon belliqueux chemin,

Sentant planer sur moi les ailes envolées

Du drapeau, cet oiseau sublime des mêlées!...

Que ce rêve était beau ! Je crois le faire encor !

Maisnon !... Comme on enlève, au théâtre, un décor,

Gomme passe, sur l'herbe, une ombre de nuage,

Il a fui!... Tous mes grands espoirs ont fait naufrage!

L'homme qui pouvait voir, jadis, dans Edimbourg,

Lorsque battaient aux champs le fifre et le tambour,

Aux portes d'Holyrood s'incliner ses bannières,

Dispute aux animaux des forêts leurs tanières ;

Le fugitif, errant au souflle du malheur.

S'estime trop heureux qu'un pâtre ou qu'un voleur,

Lui faisant place au feu, le traite en camarade;

Le général, brillant naguère à la parade,

Grelotte au vent d'automne, en haillons de tartan ; Au seuil d'une masure, on dit parfois : « Va-t'en! » Au Prince qui coucha dans le lit de ses pères; Et le chef qui, dans les festins, vidait les verres Où le vieux vin de France allumait ses rubis, N'a pas même, ce soir, un morceau de pain bis !... Caprices du destin, que vous êtes étranges ! En un jour, j'ai passé des palais dans les granges ; Et quand, ayant dormi sous un toit à pourceaux, A l'un de mes derniers et fidèles vassaux J'offre à baiser ma main, je vois qu'il l'examine, Plein de dégoût, et craint d'y prendre lavermine!... Si je fus imprudent, voluptueux, léger, Que vous savez punir, Seigneur, et vous venger! 0 Fingall ! ô Dora ! spectres de mes nuits blanches. Au tribunal de Dieu vous prenez vos revanches, Et vous laissez sa main sur moi s'appesantir. Grâce ! mon cœur est plein d'un amer repentir! Grâce! je crois avoir enfin payé mes fautes! Victimes qui voyez, sur ces horribles côtes, Gomme Lazare et Job souffrir un fils de roi, Je vous demande grâce! Ayez pitié de moi !

Pendant que le Prince se parle à lui-même, Duncan, après un geste de commisération, est monté sur un rocher et a regardé au loin en mettant la main devant ses yeux. Il en descend au moineut où le Prince finit ses réflexions.

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