ACTE II, SCÈNE III
tesseZéno, la belle veuve à qui sa pruderie et sa dévotion ont valu l'amitié de la vieille reine, compromise avec M. de Werner, le jeune ministre populaire et libéral ! Déshonorer une femme jeune et jolie, quelle joie pour les baronnes à turban! Faire tomber un homme parvenu par son seul mérite, quelle volupté pour les chambellans et les grands cordons! Ah! je vous jure qu'hier soir leur triomphe était insolent. C'est dommage qu'il ait été si court.
KARL
Comment! vous avez pu conjurer?. . .
LA COMTESSE
Écoutez. Lorsque j'ai vu Sa Majesté, après avoir lu le papier, me lancer un regard sévère, j'ai eu comme un pressentiment. Les hommes causaient tout bas, groupés dans les embrasuresdes fenêtres, et j'entendais des rires étouffés derrière les éventails. La reine m'a appelée et m'a rendu la lettre en me disant à mi-voix, sèchement : « Comtesse, ceci est à vous. Ne laissez plus traîner ce que vous écrivez à votre amant. » Ah ! ce fut un moment terrible, allez, et je payerai sans doute de plusieurs années de ma vie l'effort que j'ai fait pour ne pas rougir. Tout s'écroulait, ma réputation et votre tor-
Lune. Mais j'ai eu la présence d'esprit de me rappeler les termes de ma lettre et l'audace de dire sans hésitation : « Votre Majesté fait erreur. J'ai écrit ces quelques mots à mon fiancé. »
KARL
Vous avez dit cela?
LA COMTESSE
Laissez-moi finir. La reine me regarda longuement dans les yeux. Je fus impassible. Puis elle relut la lettre rapidement, et, d'une voix plus bienveillante, elle me dit : « Vous avez raison, tous ces gens de cour sont méchants. » Je lus alors mon pardon dans le regard de la reine, qui, devant tous les courtisans pâles de rage, me tendit en souriant sa main à baiser. Nous étions sauvés!
KARL
Mais ce mariage?.
LA COMTESSE
Vous demanderez ce matin même, à l'audience du roi, son agrément pour le contracter, et, dans un mois, la comtesse Zéno s'appellera M"" de Werner, à moins...
KARL
A moins?...