‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 51 sur 251 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

LA COMTESSE

Oui, toujours! Et vous ne vous étonnerez plus maintenant, mon cher duc, de l'étrange caprice que j'ai eu de visiter, en l'absence de Karl, la demeure où il s'est retiré... Est-ce possible?... Lui, le ministre d'hier, l'ami du roi, la terreur de la cour ! 11 vivrait dans ce taudis?

le nie.

A rêver, à lire, comme un sage. Notre ambitieux foudroyé a remplacé par les livres et la pipe de l'étudiant le plant de choux de Dioclétien ou le missel de Charles-Quint dans sa cellule du monastère de Saint-Just. C'est invraisemblable, mais, vous le voyez, c'est vrai. Voilà la page commencée, la plume avec laquelle il a écrit ce matin encore; et même, si vous redoutez sa rencontre, vous ferez bien, comtesse, de ne pas vous attarder ici. Il y a déjà quelque temps qu'il est sorti avec Meta, et ils peuvent rentrer d'un moment à l'autre.

LA COMTE S SE

Cette jeune fille est sa maîtresse ?

LE DUC

Non, sur ma parole. Elle occupe, dans cette

maison, un logis aussi modeste que celui-ci- Les deux jeunes gens ne se quittent guère, et Meta a môme descendu son rouet dans cette chambre, où elle file auprès de Karl qui travaille. Mais nos mœurs allemandes autorisent cette intimité entre fiancés, surtout chez les petites gens, et je puis vous affirmer, moi qui seul suis admis dans cette retraite, qu'il ne s'y passe que des choses vertueuses jusqu'au ridicule. Comtesse, je vous introduis dans un tome de Gessner.

LA COMTESSE

El il aime cette petite sotte, cette fille de rien?

LE duc.

Il en a l'air.

Et il l'épousera?

LE DUC

Sous peu de jours... Vous n'ignorez pas, comtesse, par suite de quelles circonstances bizarres j'ai été amené à faire de Karl l'homme de cour dont vous aviez assuré le succès?

LA COMTESSE

Je sais même aussi la sorte de gageure que vous aviez faite.

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