ACTE III, SCÈNE I. S
triomphant et plus fort qu'il n'était autrefois. Peu vous importent les moyens. Je puis faire ce que je promets... Cette vie de haute lutte, pour laquelle vous le jugez impuissant, moi, — vous voyez, je ne vous prends pas en traître, — je suis persuadée que c'est la seule qui lui convienne... Voulez-vous être mon allié? Voulez-vous m'aider à reconquérir la confiance et l'amour de Karl, à le décider à me suivre? Vous aurez la satisfaction de vous dire d'abord que vous aviez raison et qu'aucune leçon ne guérit un ambitieux, et moi je tenterai ensuite de vous prouver, mon cher duc, que vous aviez tort, et que là seulement Karl devait trouver les deux seules choses qui vaillent le désir d'un homme : l'amour et la gloire.
LE DUC
Mon Dieu! comtesse, je me suis habitué à considérer Karl comme mon ami. Vous vous offrez à lui rendre ce qu'il a perdu, c'est-à-dire, selon les idées du monde, à peu près le bonheur... Je ne vois pas pourquoi je vous refuserais mon concours.
LA COMTESSE
Oui, mais j'ai deux obstacles à surmonter : le premier, c'est l'orgueil de Karl.
LE DUC
Le fait est qu'à cet égard il rendrait des points à un poète.
LA COMTESSE
Le second, c'est cette petite.
LE DUC
Et c'est Je plus sérieux. Notre homme a le cœur généreux. Dans une crise terrible, il a trouvé, pour s'y réfugier, la tendresse fidèle et dévouée de cette enfant; il croit devoir son salut à Meta et ne pouvoir lui prouver sa reconnaissance qu'en lui consacrant sa vie tout entière.
LA COMTESSE
Duc, il faut que je voie cette jeune fille, que je lui parle.
LE DUC
A elle seule?
LA COMTESSE
A elle seule.
LE DUC
Quand cela?
LA COMTESSE
Le plus tôt possible... Aujourd'hui même.