‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 56 sur 251 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

fois, lorsque j'arrivais ici et que ma seule présence réveillait dans l'âme de Karl toutes les tortures du passé, combien de fois ne l'ai-je pas vue le calmer d'un mot ou d'un geste, d'un mot de cette voix d'ange qui sait bercer les douleurs, d'un geste de cette main de femme qui saitpanser les blessures... Pourquoi donc, dans ce logis de pauvre, où tout symbolise pour moi la vie acceptée comme elle est, depuis ces livres, les sévères et sûrs amis de la pensée de l'homme, jusqu'à ce rouet où la femme file toute sa vie les langes de ceux qui doivent naître et le linceul de ceux qui mourront; pourquoi donc, devant tous ces muets témoins qui me parlent de famille, de devoir, de travail et d'amour, ai-je le cœur si crispé et si amer? Est-ce que le doute et la solitude m'auraient rendu si méchant que j'en arrive à envier le bonheur des autres? Est-ce que mon orgueil ne me suffirait plus?... Et voilà le soleil d'avril ! . . . Et tandis que je suis là, essayant de nier tout, jusqu'à l'espérance, l'impassible nature fait refleurir les lilas et revenir les hirondelles. Hélas! me suis-je trompé toute ma vie? Et pourquoi suis-je si triste aujourd'hui, en songeant à tous mes printemps perdus?

Il reste absorbé. Karl et Meta entrent au fond en se donnant le bras.

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