‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 64 sur 251 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

d'une rivale; je l'aime d'un amour désintéressé, comme est le vôtre, je n'en doute pas, et je suis prête à me sacrifier, si son intérêt l'exige.

META

Vos paroles sont loyales et généreuses, madame, et je dois en effet me défendre de tout mouvement de jalousie, puisque vous venez me parler de celui que j'aime plus que ma vie.

LA COMTESSE

C'est bien cela. Toutes deux, nous le voulons heureux; mais ce n'est pas le même bonheur que nous lui souhaitons. Moi, j'ai connu Karl en plein succès; j'ai cru à son génie et m'y suis dévouée. Vous, vous l'avez recueilli dans une heure de désespoir. Vous lui avez donné ce qui calme et ce qui console, le labeur obscur, la paix du foyer, les douces habitudes. Nous avons eu toutes deuxraison, et nous avons fait ce qu'il fallait, pour lui, aux moments de son existence où nous l'avonsrencontré . Maintenant, quel est l'avenir vraiment digne de lui, celui auquel il a renoncé par colère, ou celui auquel il se résigne par lassitude? L'homme qui a tenté de conduire un empire, pourra-t-il se contenter de la destinée du dernier des artisans? C'est la question que, dans

mon amour pour Karl, je me pose chaque jour avec angoisse, et c'est ce que vous devez aussi vous demander si vous êtes plus jalouse de sa gloire que de votre repos, si vous le préférez à vous-même, en un mot, si vous l'aimez.

META, à part.

Mon Dieu! cette femme parle comme ma conscience.

LA COMTESSE

Je vous assure, mon enfant, que ce n'est pas à votre bonheur que j'en veux, et que c'est seulement celui de Karl que je désire. Jurez-moi, dans la sincérité de votre âme, que vous n'avez découvert en lui ni souvenirs ni regrets, et je n'ajouterai pas un mot. Je n'ai pour vous, croyez-le bien, ni haine ni envie. Je souffre de l'abandon de Karl comme vous avez souffert de son absence, et nos larmes nous ont fait une sorte de fraternité. Jurez-moi qu'auprès de vous et par vous Karl est heureux et le sera toujours, et je me retirerai mortellement atteinte, mais en vous bénissant comme une sœur mieux partagée.

M É t a . Madame... madame, pourquoi me dites-vous ces

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