‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 72 sur 251 · ACTE III, SCÈNE VIII. I ri · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII. I ri

LA COMTESSE

Laissez-moi vous dire. Le jour où j'ai pris votre lier langage pour une insulte et où j'ai pari»' de m'en venger... j'étais folle... Mais dès le lendemain, j'ai tout compris, et l'or de la trahison m'a fait horreur. J'ai réalisé toute ma fortune, j'ai vendu mes diamants jusqu'au dernier, et j'ai tout donné... tout... au couvent où j'ai été élevée, aux Dames du Sépulcre. Aujourd'hui, Karl, je suis aussi pauvre que vous, et si la reine ne m'avait prise pour lectrice, je n'aurais plus même un morceau de pain. Mais il ne suffisait pas de purifier mes mains; je vous devais une autre réparalion. J'ai donc tout avoué à la reine mère et au roi ; ils ont été assez bons pour me pardonner. Tous deux vous regrettent et vous admirent, et si je viens aujourd'hui en suppliante, ce n'est pas pour vous parler de moi, que vous n'aimez plus, mais bien pour vous rendre au jeune souverain qui réclame vos lumières, à la patrie à qui vous devez votre génie.

KARL, avec un mouvement de joie.

On me regrette !.. . Mais non ! je devrais rougir de ce premier mouvement d'orgueil. Je n'ai pas à

hésiter. Quand môme j'aurais assez de vanité pour me croire indispensable, quand même j'abandonnerais pour des rêves qui m'ont déjà déçu et dont je doute à présent, le calme et vrai bonheur quej'ai trouvé ici, je n'en devrais pas moins rester où me lient la reconnaissance et le devoir. Je pourrais revenir à ce qui m'a perdu; je ne puis quitter ce qui m'a sauvé. En écoutant vos offres, je serais pire qu'un fou, madame, je serais un ingrat!

LA COMTESSE, à part.

Il faudra donc user du dévouement de cette jeune fille... Oh! cela me répugne bien pourtant. (Haut.) Je vous entends, Karl; mais ne vous exagérez-vous pas ce que vous impose la gratitude? N'en devez-vous aucune, non plus, à ceux qui vous ont aimé et servi naguère, et qui sont prêts à le faire encore?... Et n'a-t-on pas profité de votre caprice de repos, de votre fantaisie de solitude, pour vous engager?...

KARL

Permettez-moi de vous arrêter, madame. Il ne convient pas que je vous dise ce que j'éprouve pour celle à qui je me suis fiancé, mais toute tentative pour m'éloigner d'elle serait superflue. C'est à

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