ACTE I, SCÈNE II
Mon Dieu ! monsieur Karl, que voulez-vous dire?
KARL
Ce que je n'ai le courage de vous avouer qu'au dernier moment. Asseyez-vous sur ce banc, Meta, et promettez-moi d'être raisonnable et de ne pas vous faire de chagrin, n'est-ce pas? Mais ici même, à l'heure où nous sommes, — dans cette auberge, tenez, — j'ai un rendez-vous auquel il faut que je me présente seul, et à la suite duquel je vais sans doute m'en aller loin, bien loin d'ici.
META
Vous en aller?... Et pour longtemps?
KARL
Sait-on jamais quand on reviendra?... Peut-être pour toujours.
META
Vous quittez l'Alleirïagne ?
KARL
Oui, Meta, je quitte l'Allemagne.
META
L'Europe, peut-être ? Vous émigré? ?
KARL
Vous l'avez dit. . . j'émigre.
Et vous partez en abandonnant vos meubles, vos chers livres, tout ce qui vous appartient?
KARL
Le prix de mes pauvres richesses suffira à payer ce que je dois. Et puis, le pacte que je vais signer ici doit pourvoir à tous mes besoins.
META
Mais où irez-vous ? Peut-on vous le demander ?
KARL
Je ne le sais pas moi-même, mon enfant.
META
Comme vos paroles sont mystérieuses, monsieur Karl. Oh ! je sais bien que je n'ai pas le droit de vous interroger. Mais vous ne pouvez pas m'en vouloir d'être inquiète de cet avenir inconnu vers lequel vous allez, et d'avoir peur de vous sentir la main si fiévreuse, de vous voir le front si pale.
KARL
Non, ce parti décisif qui me sépare de vous, sur