‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 82 sur 251 · ACTE [, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE [, SCÈNE I

C'était le tour de Gian-Battista Torelli,

Du meilleur, du plus pur des citoyens de Pisc.

Un murmure, pareil au souffle de la bise,

Sur le peuple assemblé longuement circula;

Mais, soudain, l'odieux Barnabo Spinola,

Comme si pour l'instant sa cruauté lut lasse,

Leva la main et dit : « C'est assez... Je fais grâce. »

ERCOLE

Et pourquoi ?

RENZO

Qui le sait? Le rusé podestat Craignit apparemment que l'émeute éclatât.

ERCOLE

Et Torelli?

RENZO

D'abord il rougit de colère; Mais, entendant les cris joyeux du populaire, Il se plaça — jamais il ne parut plus grand — Au bord de l'échafaud, en face du tyran : — « Barnabo Spinola, j'accepte ta clémence, » Dit-il, « sans espérer qu'un temps meilleur commence; « Mais on ne dira pas qu'un Torelli t'ait dû « Ce bienfait infamant, sans te l'avoir rendu. « Je te fais grâce aussi ; contre toi je désarme.

440 SEYEI'.O TORELLI.

« De mon côté, sois donc, désormais, sans alarme; <r Mais seul, par ce serment, je me lie aujourd'hui, « Et s'il me naît un fils, tyran, prends garde à lui ! »

ERCOLE

C'était fier, mais aussi d'une imprudence extrême... Etl'altierBarnabo?...

KENZO.

Lui fit grâce quand même...

Mais, de toute pitié l'homme se dégoûta; Il n'a plus pardonné depuis... Gian-Battista, S'enfermant dans la vie obscure et domestique, Se cloîtra pour toujours dans ce palais antique, Et, sans plus rien tenter contre le Barnabo, Vécut dans son serment comme dans un tombeau. On croyait à jamais sa tâche terminée; Mais, quelques mois après la terrible journée Où Torelli put voir de si près le bourreau, Donna Pia, sa femme, eut un fils, Severo. Il a fait de ce fils l'héritier de sa haine. C'est un cœur de héros, c'est une âme romaine, Où s'est, depuis l'enfance, à jamais implanté L'amour de la patrie et de la liberté. Tu l'as pu voir, il a la croyance tenace Qu'il devra quelque jour accomplir la menace

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