‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 83 sur 251 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Que son père au tyran jeta sur l'échafaud. Tout le peuple le croit comme lui. Donc, il faut Que ceux qui dans le cœur nourrissent l'espérance Que Pise brise un jour les chaînes de Florence Et redevienne libre encor, comme au vieux temps, Acceptent pour leur chef cet enfant de vingt ans.

ERCOLE

Je serai comme toi l'ami de ce jeune homme, Renzo; mais les six ans de mon séjour à Rome M'avaient fait oublier ces souvenirs lointains... Qui nous délivrera des tyrans florentins?

RENZO

Severo !

ERCOLE

Dieu t'entende!

LIPPO M AL AT EST A, devant lu boutique de l'armurier.

Eh! Renzino... regarde.

Cette dague espagnole à garde et contre-garde T'aurait tué, mon cher, l'homme que tu manquas, L'autre jour dans ce duel.

RENZO, s'approchant.

Elle vaut?

SANDRINO.

Vingt ducats.

ERCOLE

L'arme est bonne, c'est vrai , mais pas assez ornée. . .

SANDRINO.

Voyez donc celle-ci, toute damasquinée... Un léger rinceau d'or entoure les quillons. Le pommeau représente un Mercure.

ERCOLE

Voyons !

Mais c'est une merveille, un objet d'art unique, Et qu'eût payé bien cher Laurent le Magnifique...

SANDRINO.

Il ne l'aurait pas eu... Je suis bon gibelin.

ERCOLE

Quoi! l'artiste?...

REN'ZO

Ercole, c'est ce jeune orphelin, Le petit Sandrino, le fils d'un maître orfèvre Qui mourut, l'an dernier, de la mauvaise fièvre. Tu juges de son art, — je te sais connaisseur ; — Il en vit et fait vivre aussi sa grande sœur. L'enfant a du talent, la fille est belle et sage, Et, chez nos jeunes gens, c'est aujourd'hui l'usage De les encourager. Fais comme eux, s'il te plaît.

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