PROLOGUE, SCÈNE IV
Chez ma tante. Scarron m'a prise et respectée. Cet homme est bon ; sans lui j'entrais dans un couvent, Je veux qu'aucun soupçon n'aille, de son vivant, A sa femme pas plus qu'à la reine de France.
ANTOINE
Hélas !
MADAME SCARRON
Je vous ai dit tout à l'heure : Espérance ! Et je vous le répète, Antoine. Écoutez-moi. Je me fiance à vous et vous jure ma foi !
ANTOINE, avec joie.
Ciel !
MADAME SCARRON
De mon cœur, sinon de ma main, je suis libre. Pour un autre que vous rien dans ce cœur ne vibre, Et je vous dis : Partez, ami, pour revenir! Car celle dont le temps d'épreuve peut finir, Heureuse de l'amour que vous emportez d'elle, Vous gardera le sien toujours pur et fidèle.
ANTOINE
Ou'ai-je entendu, Françoise, et quel mot adoré Avez-vous dit?...
MADAME SCARRON
Partez, Antoine ! J'attendrai.
ANTOINE
Longtemps alors... Je veux pour vous gloire et fortune.
MADAME SCARRON
J'attendrai.
ANTOINE
Soit! Mais... lui?
MADAME SCARRON, les yeux baissés.
C'est une loi commune Aux vieillards que la mort; elle plane autour d'eux.
ANTOINE
L'horrible espoir !
MADAME SCARRON
Assez ! Nous rougirions tous deux.
Silence.
Avant l'adieu, — je veux qu'il soit court et sévère, — Dites-moi ! Qu'avez-vous l'intention de faire?
ANTOINE
Je vais...
MADAME SCARRON