‹ ThéâtreChapitre 99 sur 191 · PROLOGUE, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

PROLOGUE, SCÈNE IV

Quand je n'ai même pas de pain à partager; Ce n'est point mon passé de lutte et de misère; Non! ce qui m'a rongé le cœur comme un ulcère, C'est un rêve brisé, c'est un espoir déçu, C'est un amour d'enfant que vous n'avez pas su !

— Madame, pardonnez si je vous mécontente ! Mais, lorsque nous étions tous deux chez votre tante,

— C'est bien loin ! vous aviez douze ans, j'en avais dix, On nous traitait ainsi que des enfants maudits;

Moi surtout, vous savez, j'étais le plus rebelle ! Eh bien, dans ce temps-là, déjà vous étiez belle; Vous étiez bonne aussi ! Vous avez bien traité, Vous seule, le petit huguenot détesté Dont les larmes mouillaient vos mains de sœur aînée. Voyez-vous, c'est alors que ma folie est née ! L'innocence se perd à pleurer nuit et jour. Vieilli par le malheur, j'étais mûr pour l'amour, Et mes baisers d'enfant — pardonnez-moi, Madame ! Étaient ceux d'un amant qui vous livrait son àme. Mon père m'enleva du château de Neuillant, Mais mon amour grandit encore en vous fuyant, Chaque jour plus ardent, comme le feu qui couve ! Et, lorsqu'après douze ans passés je vous retrouve, L'ayant toujours au cœur, pur, constant et profond, Vous êtes catholique et femme d'un bouffon !...

Ah ! quand vous m'avez dit : Espérance et courage, Pardon ! mais je n'ai pu garder mon cri de rage : Vous touchiez le serpent dans mon sein endormi !

MADAME SCARRON

Antoine de Méran, mon frère, mon ami, Cet aveu que m'a fait votre cœur noble et tendre, De tout autre que vous je n'aurais pu l'entendre, Et si vous m'avez vue écouter jusqu'au bout, Antoine, mon excuse est que je savais tout.

ANTOINE

Vous saviez?...

MADAME SCARRON

Les regards trahissent quand on aime, Et de vous deviner j'étais heureuse même. Mais vous n'auriez pas dû me le faire savoir, Car il faut maintenant renoncer à nous voir.

ANTOINE

Mon Dieu !...

MADAME SCARKON.

De mon honneur, ami, je suis jalouse.

Et plus le malheureux dont on m'a fait épouse Est bas, plus il acquiert un burlesque renom, Et plus je veux qu'en moi l'on respecte son nom. Je n'avais pas de robe, et j'étais insultée

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