SCÈNE II
RAYMOND
Au diable soit le monde et ses usages ! Je sais, près de Paris, de frêles paysages, Frileuse et maladive enfance du printemps. Comme font les heureux étourdis de vingt ans, Nous partirions, un jour, par les routes discrètes, Et nous irions au bois cueillir les violettes. Je sais un petit coin charmant...
LA COMTESSE
Attention!
Je rois poindre d'ici la déclaration; Et vous vous rappelez, j'espère, notre pacte?
Hélas! mais je me tiens sur la limite exacte. Ai-je parlé d'amour? Et, puisque vous voulez Connaître la nature et ses charmes voilés, Je dois vous proposer d'aller au-devant d'elle.
LA COMTESSE
Y conduisîtes-vous mademoiselle Adèle?
RAYMOND
Railleuse !
LA COMTESSE
Non, j'ai peur de votre petit coin.
Ajournons. Le printemps, d'ailleurs, est encor loin ; Et, par ce grand châssis, voyez, mon cher artiste, Tomber le froid rayon du Nord, blafard et triste. — Mais, au fait, pourquoi donc pas de fenêtre ici? Je mourrais, si j'étais emprisonnée ainsi. Est-ce que vous aimez autant la solitude?
RAYMOND
Certe : il la faut pour l'art, le travail et l'étude.
LA COMTESSE
Quels grands mots î
RAYMOND
Oui, c'est vrai, je deviens sérieux.
LA COMTESSE
Non! Vous savez, je suis un enfant curieux.
Je touche à tout. Voyons les tubes et les brosses;
Dites-moi comme on fait ces orages féroces
Ou ces matins d'avril, pleins de petites fleurs.
Parlez, mon cher Raymond. Ce monde des couleurs
El des formes, votre art, n'est-ce pas? la peinture,
C'est charmant!
RAYMOND
Pas encore autant que la nature.
L'art est divin; pourtant elle vaut mieux que l'art.