‹ ThéâtreChapitre 13 sur 191 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Ici, c'est une actrice : elle se met du fard; C'est sa loge, je suis sa camériste adroite, Et son rouge et son blanc sont là, dans cette boite.

LA COMTESSE

Et faire un paysage, un petit seulement, Est-ce très difficile?

RAYMOND

Eh! mais... horriblement.

LA COMTESSE

Mais alors ce doit être ennuyeux?

RAYMOND

Hérésie

En vérité?

RAYMOND

Comment! Prendre, à sa fantaisie, Son rêve le meilleur, son meilleur souvenir, S'enfermer avec eux longtemps, et les unir, À force de travail et d'âme, sur la toile, Ah! malgré les instants où l'idéal se voile, Malgré le doute obscur, notre éternel écueil, C'est la suprême joie et le suprême orgueil !

LA COMTESSE

Je ne viens donc ici que pour être étonnée?

RAYMOND

Si vous saviez comme elle est courte, la journée Où l'on s'est réveillé bien en verve et vaillant! On charge sa palette, on chante en travaillant: Lente comme une fleur, on voit son œuvre éclore, On s'arrête, on revient, on se repose encore, Puis, sautant du divan où l'on était assis, Vite, paf ! paf! on met une couche, un glacis; Et, lorsque tombe alors le trop prompt crépuscule, Pour jeter un dernier regard, on se recule. Quel moment! On a peint l'été, le grand soleil, On s'y croit! et l'on dit dans son demi-sommeil, Oubliant le gros poêle et l'atelier tout sombre : « Oh! quelle bonne pipe on fumerait à l'ombre! » — Mais je vous importune avec ce que je dis...

LA COMTESSE, songeuse.

Non! Je vois : vous avez un petit paradis,

Votre art! et vous vivez dans une autre atmosphère

Que la mienne... En effet, c'est mal de ne rien faire.

RAYMOND

Ah, çà! je suis stupide, et je suis odieux.

Comment, c'est moi qui rends si tristes vos beaux yeux?

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