ACTE I, SCÈNE V
L'exigeaient... Cet édit, au fond, je le déplore... Mais suis-je reine, enfin ?
SAMUEL
Pas tout à fait encore.
MADAME DE MÀINTENON.
Ah ! vous êtes injuste et vous êtes cruel ! Mais mon cœur ne peut pas admettre, Samuel, Que vous me condamniez, ainsi, sur l'apparence. Car, lorsque votre frère eut émigré de France, Ce que j'ai souffert, moi, dites, le savez-vous? Seule, sans vrais amis, veuve, et de quel époux J'ai vécu de cadeaux et de dîners en ville. Je fus auprès des grands l'amie humble et servile, La pauvre protégée, et je le dis, mon Dieu ! A peu près la servante... A l'hôtel Richelieu, On m'envoyait pour faire avancer le carrosse... Et j'étais jeune et belle, et... tenez, c'est atroce î Dans ces salons dorés, seule en mes noirs habits. On ne saura jamais quels dégoûts j'ai subis; Puis ce sont les bâtards qu'à mes soins on confie; J'entre à la Cour... Encore une agréable vie ! Et cette Montespan, dont m'outrageait l'orgueil, Et toujours ces regards baissés, toujours ce deuil. Toujours ce masque froid de dévote et de prude,
C'est horrible ! et quand j'ai, par un travail si rude, A force de sévère et patient devoir, Moi qui voulais la paix, obtenu le pouvoir; Quand je me crois tranquille et respectée en somme, Un enfant que j'allais aimer, un tout jeune homme, Ignorant, qui la veille était à l'étranger, Prend une calomnie et vient pour m'outrager !
SAMUEL
Soit ! Madame, j'ai tort, et tout vous justifie. A mon âge on n'a pas tant de philosophie... Pardon, pourtant, d'avoir durement refusé Ce que spontanément vous m'avez proposé. Mais la foi qu'on opprime a la parole amère.
Adieu donc !... Cependant, vousn'avezpasdemère, Pas de parents, d'amis, de conseil, ici-bas... Vous m'avez repoussée... Oh ! je n'insiste pas... Mais, si quelque danger planait sur votre tête, Souvenez-vous de moi. Je serai toujours prête.
SAMUEL
Bientôt je pars, Madame, avec tous les bannis. Pourtant, je vous rends grâce.