ACTE II. SCÈNE IV
CROIX SAINT-PAUL
L'ancien édit, entre autres avantages, Donnait aux huguenots plusieurs villes otages, N'est-ce pas?
SAMUEL
Oue nous a reprises Richelieu...
On sait cela.
CROIX SAINT-PAUL
Vous ne supposez pas, pardieu!
Qu'à nous trois nous voulions aller mettre l'échelle Aux murs de Montauban ou bien de La Rochelle, Gomme nos bons aïeux l'eussent fait cependant.
SAMUEL
Eh bien?
Notre projet, plus simple et plus prudent, Prend sur Louis quatorze un garant moins vulgaire Et bien plus précieux qu'une place de guerre.
SAMUEL
Mais, quel est-il donc?
CROIX SAINT- PAUL
C'est le complot hasardeux Qui jadis a failli nous livrer François deux; Celui qu'avaient conçu la cervelle hardie
D'un Condé, d'un Mazère ou d'un La Renaudie, Et les têtes enfin des vaillants huguenots Qu'Amboise vit alors pourrir sur ses créneaux. — Tout est prêt, et l'espoir du succès est immense.
SAMUEL
Vous voulez enlever le Roi... Quelle démence !
CROIX SAINT-PAUL
Le Roi? Non, car sa cour le garde et le défend.
SAMUEL
Mais, alors?
CROIX SAINT-PAUL
Nous voulons lui prendre son enfant, Son petit-fils.
SAMUEL
Le duc de Bourgogne?
Lui-même.
Ah ! l'on doit tout oser dans ce péril suprême... Nous entrons dans le parc, grâce aux fêtes de nuit, Demain; nousnous cachons, nous attendonsminuit; Lorsque tout est éteint nous tuons, sans qu'il crie, Le garde en faction près de l'orangerie. Puis un laquais, que l'or a fait notre dévot, Nous ouvre, après avoir enivré de pavot,