‹ ThéâtreChapitre 156 sur 191 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Votre proche parent! votre cousin germain !

Ah! nous ferons sentir le poids de notre main

Aux huguenots, puisque l'édit ne peut suffire.

Quoi ! quand nous lui laissions son grade et son navire.

Quand nous ne voulions pas, même, qu'il émigrât!

Il n'est pas seulement coupable : il est ingrat.

Nous sommes malheureux avec votre famille,

En vérité ! Jusqu'à cette petite fille

Qui résiste toujours à nos plus saints prélats.

Mais c'est trop d'indulgence, enfin; nous sommes las.

Tant d'aveugle bonté porte aux rois préjudice;

Nous nous en souviendrons, et nous ferons justice.

Long silence.

MADAME DE M A INTENON, au Roi, très humblement.

Le Roi permettra-t-il que je parle après lui?... Seule, Sa Majesté doit juger aujourd'hui Si, pour l'éclat royal que l'Europe contemple, Un acte de pitié vaudrait moins qu'un exemple; Et, que dis-je ? — il serait fâcheux qu'elle hésitât Un moment à punir un criminel d'Etat, Parce qu'il est parent de son humble servante. — Non ! ce qui me désole et ce qui m'épouvante, C'est que de ce forfait de monsieur d'Aubusson Il puisse rejaillir sur moi quelque soupçon;

C'est que le Roi, cédant au courroux légitime, Ne me conserve pas toujours la même estime. Mais, cela, mon honneur ne l'admettra jamais ! Donc, au coup qui me frappe, ici, je me soumets, Et, comme une faveur, j'implore ma retraite, Pour que tous, quel que soit le motif qu'on me prête, Me respectent encore, et que Sa Majesté Me pardonne un malheur vaillamment accepté.

LE ROI

Comment ! vous voudriez ?...

LOUVOIS, à part.

Dois-je y croire? Elle cède !

Oui, Sire ! Je vous dois tout ce que je possède;

Mais le tenir de vous en faisait le seul prix.

Tous mes biens — car un Roi n'a jamais rien repris —

Iront à la maison de Saint-Cyr, à l'asile

Où vous permettrez bien, Sire, que je m'exile,

Pour qu'en cette demeure, où mes jours vont finir,

Je retrouve partout votre grand souvenir.

LE ROI, avec effroi.

Et si nous combattions ce scrupule sincère ?

Si votre dévouement nous était nécessaire?

Si nous vous demandions de rester près de nous ?

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