ACTE IV, SCÈNE V
Samuel est son frère, — entendez-vous? — son frère !
Qu'est-ce qu'ils ont donc tous à fouiller mon passé?..
Ne me regardez pas avec cet air glacé,
Ou je vais à vos pieds mourir de la torture !
Grâce ! je ne suis pas coupable, je le jure
Sur mon âme éternelle, et sur le crucifix !
Grâce, encore une fois ! grâce ! il n'est pas mon fils !
LE ROI, à part.
Oh ! doute affreux !
Haut.
Mais si je vous croyais, en somme, Serait-ce une raison pour épargner cet homme ? Si vous trouviez le mot qui vous innocentât, N'en serait-il pas moins un criminel d'État? La justice a parlé, Madame : il faut qu'il meure.
Ah ! j'y renonce... Ils vont le tuer tout à l'heure ; Mais je voudrais en vain l'arracher au trépas !... C'est fini... je me tais... Vous ne me croyez pas.
LE ROI
Vous ne voyez donc pas que je voudrais vous croire, Et qu'il reste toujours gravé dans ma mémoire, Le serment qui devait cette nuit nous unir ?
3U MADAME DE MAINTEXOX.
Vous ne voyez donc pas que c'est pour le tenir Que je fais de vos cris retentir ces murailles, Et que je veux tirer, du fond de vos entrailles, La preuve qu'il n'est pas un coupable insensé, Ce Roi, qui jusqu'à vous enfin s'est abaissé? Oui! Quand la jalousie atroce me dévore, Vous ne voyez donc pas que je vous aime encore!
Vous m'aimez? En effet, et c'est bien le prouver!
Mais non! vous êtes bon, vous allez le sauver.
Il est déjà bien tard... mais, à bride abattue,
Quelqu'un peut arriver avant qu'on ne le tue...
Mon Dieu ! c'est si tôt fait, un mot sur un papier...
Ah ! vous me faites bien durement expier
L'orgueil que votre amour m'avait inspiré, Sire.
Vous m'aimez ! Vous m'aimez !... Je ne sais plus que dire !
Mais celle dont hier vous demandiez la main,
Voyez-vous ! elle aura des cheveux blancs demain !...
Vous gardez le silence?... encor?... toujours?...
Elle défaille.
J'expire !
LE ROI
Eh bien ! soit donc... Je cède au démon qui m'inspire, Et vo"S ne direz plus que je suis si cruel.