ACTE V, SCÈNE III
Dans mon sombre passé de souffrance et de luttes, Lui seul m'a pu donner quelques douces minutes. Laisse donc, dans ce tendre et suprême baiser, Laisse encore une fois mon cœur se reposer, Ainsi que la frileuse hirondelle en voyage, Traversant l'Océan par une nuit d'orage, Avant de remonter dans le ciel plein d'éclairs, Se repose un moment sur le courroux des mers... Sois heureuse sans moi ! Je t'aime !
HENRIETTE
Infortunée!
SAMUEL
Sois heureuse, Henriette! et soyez pardonnée, Madame. Le bonheur ne m'était pas permis, Et je dois partager le sort de mes amis; Leur tombe me requiert, leur supplice m'attire... Mais je suis plein d'amour, je ne sais plus maudire.
Non, il ne mourra pas !
A Henriette.
Oh ! n'est-ce pas qu'il faut Lui barrer le chemin qui mène à l'échafaud ! Si je ne pouvais pas à la mort le soustraire.
Je verrais chaque nuit le spectre de son frère Me demander raison du sang de ce martyr.
HENRIETTE
Consens, mon Samuel, oui, tu dois consentir, Ou je vais expirer sur ta main que j'embrasse !
SAMUEL
Je souffre !
La porte de gauche s'ouvre et donne passage à Croix Saint- Paul et à MM. de Pons et de Tracy, le col nu. Ils s'avancent entourés d'une escorte que précède le greffier.