‹ ThéâtreChapitre 42 sur 191 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Pauvre fou! Ce n'est pas seulement pour la gloire

Que j'ai voulu sur tous gagner cette victoire

Et que sur ce travail mon effort s'obstina ;

C'est pour elle, la douce et belle Giannina!

Car seule elle eut pitié de ma peine en ce monde,

Et lorsque mon enfance errante et vagabonde

S'arrêta sur le seuil de maître Ferrari,

Si bonne en m' accueillant, seule, elle n'a pas ri.

Non, ce muet amour de son ami d'enfance,

Giannina ne peut pas le prendre pour offense,

Ni m'en vouloir du grand désir que j'ai formé

D'être assez glorieux un jour pour être aimé.

Oh! certes, si j'obtiens le succès que j'espère,

Je ne m'armerai pas' du serment de son père...

Mais peut-être... qui sait?... son cœur est libre encor

Quand je lui donnerai la belle chaîne d'or,

Quand elle sentira que de ce corps si frêle

La flamme du génie a pu jaillir pour elle,

Elle est fille d'artiste, elle aura la grandeur,

En songeant au talent, d'oublier la laideur,

Et par tant de raisons son Ame combattue

Pourrait bien... Oh! je fais un rêve qui me tue!

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